Situé au pied du célèbre mont Huangshan, au sud de la province de l'Anhui, le district de Yi mérite le détour en raison de ses 3600 anciens villages bien conservés. Dans notre émission ? Voyage en Chine ? d'aujourd'hui, nous allons vous emmener à la découverte de deux d'entre eux.
En chinois, le mot ? Yi ? signifie ? vert ?. Dans l'Antiquité, le mont Huangshan s'appelait justement ? mont Yishan ?. C'est ainsi que le district de Yi a pris son nom actuel.
Le mont Huangshan est parsemé de maisons aux tuiles grises, d'une élégance simple, et dont la blancheur des murs contraste avec le vert des arbres. Zhang Weifeng, un habitant local, nous a expliqué que les anciens villages du district de Yi ont été bien préservés grace à des atouts géographiques. écoutons justement M. Zhang :
? Le district de Yi se trouve dans une région montagneuse qui le rendait difficile d'accès dans l'Antiquité. C'est pour cela qu'il a pu échapper aux guerres. Les anciens villages ont donc été bien conservés dans l'ensemble. C'est vraiment rare dans d'autres régions ?.
La plupart des villages du district de Yi ont été construits durant les dynasties Ming et Qing, il y a plus de 500 ans. Leur style est à la fois raffiné et élégant. Les villages de Xidi et de Hongcun, considérés comme le ? musée des anciens villages de la Chine ?, en sont deux exemples. En 2000, ils ont même été inscrits dans la liste du patrimoine culturel mondial de l'UNESCO.
Le village de Xidi remonte à plus de 6 siècles. Il a été bien conservé malgré le temps et les aléas. Vu d'en haut, ce village ressemble à un bateau où les quelque 120 maisons seraient les cabines du navire. Li Hua, notre guide touristique, nous a expliqué que les maisons du village de Xidi sont bien agencées. Les ruelles et les rigoles sont disposées de manière à faciliter les allées-venues des villageois, nous a-t-elle précisé. On écoute Li Hua :
? Les maisons bien rangées du village sont comme la coque d'un navire. Le village entouré de champs verts ressemble à un bateau au mouillage dans un port calme. ?
Dans le village de Xidi, une demeure se détache du lot. Avec son avant-toit surélevé, elle ressemble à un théatre. D'ailleurs, la légende raconte qu'autrefois, la fille d'un homme riche choisit son fiancé en lui lan?ant une boule brodée multicolore, du haut de son balcon.
Aujourd'hui, chaque après-midi à 16 heures, accompagnée de la troupe de l'opéra de l'Anhui, une jeune fille se déguise en servante. Sur la scène, elle annonce à la foule le début du lancement de la boule brodée. Peu après, une belle fille déguisée en riche héritière sort du rideau en se cachant le visage derrière ses longues manches. Si un touriste lui pla?t, elle lui lancera alors sa boule brodée multicolore. L'élu n'est pas obligé d'épouser la jeune fille, mais il peut se faire photographier avec elle. Aujourd'hui, les jeunes filles ne choisissent plus évidemment leur fiancé de cette manière. C'est juste une attraction pour les touristes. Comme Wang Tao, originaire du nord de la Chine, elle nous a confié qu'elle a l'impression de se retrouver plongée dans l'antiquité. On l'écoute :
? Je trouve que les maisons de ce village ont du caractère. Sur le plan architectural, ces maisons ont été disposées de manière très ingénieuse. Extérieurement, ces édifices sont esthétiques. Ils ont une élégance classique ?.
Après avoir visité le village de Xidi, rendons-nous maintenant au village de Hongcun, situé à 20 km de là. Hongcun a maintenu sa forme de buffle depuis 8 siècles. Selon la légende, les ancêtres de Hongcun ont en effet aménagé leur village en s'inspirant d'une silhouette de buffle. La colline de Leigang représentant la tête de l'animal, les deux arbres géants à l'entrée du village, ses cornes et les quatre ponts, ses pattes. En se promenant sur les voies pavées de Hongcun, loin des villes bruyantes, on a l'impression de se retrouver dans un lavis chinois matérialisé.
Les ancêtres de ce village ont également érigé un système hydraulique permettant de leur assurer de l'eau potable, de prévenir les incendies et d'irriguer leurs champs. Les canalisations ressemblent d'ailleurs aux intestins d'un buffle. Elles contournent les maisons ou les traversent, de sorte que les habitants n'ont pas à aller jusqu'à la rivière pour y puiser de l'eau. L'eau de ces rigoles coule ensuite dans ? l'estomac du buffle ?, un lac en forme de croissant creusé près des sources, passe à travers les maisons jusque dans le ? ventre du buffle ?, le lac du Sud (Nanhu), situé au sud du village, pour finir dans la rivière. Ce système hydraulique est un véritable chef-d'oeuvre de l'architecture rurale ancienne. Durant plusieurs siècles, les villageois ont toujours observé la règle établie de ne pas laver leur linge ou les légumes avant 10 heures du matin, heure à laquelle chacun avait le droit de puiser de l'eau potable. Aujourd'hui, les villageois ont l'eau courante. Les rigoles sur lesquelles les habitants ont fait installé des roues à eau, ont un r?le purement décoratif maintenant. Et ce, pour le plus grand bonheur des touristes.
Parmi les habitats, ? Chengzhitang ?, la résidence d'un ancien marchand de sel est, sur le plan architectural et sculptural, d'une telle beauté qu'on la compare même à la réplique réduite du Palais impérial de Beijing. Vieille de 150 ans, cette demeure qui couvre une superficie de 3000 m2 est divisée en cours antérieures, cours arrières, vestibules, salle principale, petit salon, chambres latérales est et ouest, cabinet de travail, galeries, cuisine, jardin et bassin pour les poissons. Les poutrelles de la salle principale, les architraves, les portes et les linteaux de fenêtres sont recouverts de motifs sculptés sur le bois, variés et pleins de vie. Ces derniers constituent des chefs-d'oeuvres de la sculpture sur bois de l'Anhui du Sud, région réputée également pour ses sculptures sur brique et sur pierre. ? Le banquet offert en l'honneur des mandarins ?, gravé sur les poutrelles de la salle principale, représente un groupe joyeux de mandarins de la capitale réunis dans un jardin, une coupe de vin à la main, et servis par leurs valets, également sculptés avec beaucoup de soin. Sur les linteaux des portes latérales de la salle principale, le caractère chinois signifiant ? le commerce ? a été gravé. Li Hua, notre guide touristique, nous en donne plus de détails :
? Durant l'Antiquité, le commerce était un métier méprisé en Chine. Et ce marchand de sel en a gardé beaucoup de rancune. Alors, il a fait gravé sur les linteaux des portes latérales de la salle principale le mot ? commerce ?. Cette sculpture montre la position et la fierté du propriétaire de la résidence. En effet, les mandarins, les lettrés, si haut placés furent-ils, devaient passer au-dessous de ce caractère s'ils passaient par les portes latérales. ?
Si vous passez dans l'Anhui, n'oubliez pas de visiter les villages de Xidi et Hongcun. Ils valent vraiment le détour. |