
Kashgar (Kachgar, Kashi) (pinyin : Ka-shi ; ouïgour : Keşker) est une ville de la région autonome ouigour du Xinjiang. Son nom signifie « caverne (ghar en arabo-persan) de jade (qash en ouïgour) ».
La ville de Kashgar se situe entre le désert du Taklamakan et le Kirghizstan.
Le climat est de type continental sec. Les températures moyennes vont d'environ -6°C pour le mois le plus froid à +26°C pour le mois le plus chaud, avec une moyenne annuelle de 11,6°C, et la pluviométrie y est de 58 mm².
L'histoire de Kashgar, qui fut une importante halte sur la route de la soie, où commerçants et conquérants affluèrent, n'est plus qu'une ville tranquille au rythme lent. Pourtant, l'histoire de Kashgar, qui portait autrefois le nom de Shule, remonte au IIème siècle av. J.-C. La population de Shule était alors constituée d'une majorité d'Iraniens d'origine indo-européenne. Au Ier siècle de notre ère, la quiétude de ce petit Etat fut brisée par de féroces combats opposant Xiongnu et Han. Au IIème siècle, Shule passa officiellement sous la suzeraineté de la Chine. Le site de Shule est aujourd'hui recouvert par la banlieue sud de la ville et on ne peut plus rien en voir. Sous les Tang, la cité connut un nouvel essor. Bien que portant le même nom, elle se trouvait ailleurs, à 35 km à l'est de la ville actuelle. On y a mis au jour de nombreuses reliques archéologiques. Puis les ancêtres des Ouïghour, les Huihu, les Tibétains, des populations turques et mongoles se partagèrent l'actuel Xinjiang et une civilisation brillante s'y développa, influencée par l'islam et le bouddhisme. Sous les Yuan, ce qui était devenu la Kachgarie devint un Etat vassal de la Chine, un Etat presque complètement islamisé. Sous les Ming, l'influence de la Chine se fit de plus en plus lointaine et il fallut attendre la poigne des empereurs Qing, Kangxi et Qianlong, pour que le pouvoir chinois se réaffirme dans la région.
Au milieu du XIXème siècle, les grandes puissances s'intéressèrent activement à la Haute-Asie : les Anglais et les Russes établirent des consulats à Kashgar et, en 1860, le tsar obtint l'ouverture aux relations commerciales entre le Turkestan chinois et la Russie. En 1862, c'est la révolte des musulmans, dirigés par Yakub-beg ; Kashgar se trouva au coeur des déchirements que connut le Xinjiang et qui se ressentent aujourd'hui encore. Ce n'est, par exemple, qu'en 1983 que la région autonome du Xinjiang et les républiques soviétiques de Kirghizie et Kazakhstan ont rouvert des points de passage qui permettent la circulation des biens et des personnes. Lun de ces points, fermé depuis 1967, se trouve près de Yining, l'autre à 160 km de Kashgar. C'est dire si Kashgar est vraiment « au milieu des empires » !
Depuis 1991, les résidents de l'exURSS, les Pakistanais et les Indiens n'ont plus besoin de visa pour se rendre au Xinjiang. Dès l'ouverture des frontières, mille cinq cents Russes, Estoniens, Kazakh, etc., arrivaient chaque jour à Kashgar pour s'approvisionner en biens de consommation chinois de moindre coût, introuvables dans leurs pays respectifs. Kashgar sort progressivement de son isolement et l'on ressent nettement que l'on se
trouve ici à quelques centaines de kilomètres de Tachkent ou d'Alma-Ata... et à quelques milliers de kilomètres de Pékin.Ce qui fait la beauté de cette ville médiévale, c'est d'abord, dans chaque quartier, le nombre et la splendeur des mosquées. La plus grande est la mosquée d'Id Kar, construite en 1460, qui marque le centre de la ville. Sa porte monumentale est flanquée de deux tourelles de couleur ocre jaune, sans aucune décoration. Une dizaine de milliers de fidèles viennent y faire leurs prières, cinq fois par jour. Sur la grande place, devant la mosquée, sont installées les échoppes d'un bazar gigantesque. Il ressemble à tous les souks orientaux : des venelles encombrées de magasins à volets de bois où s'activent cordonniers, tailleurs, coiffeurs, forgerons, marchands de tapis, herboristes, etc. Chaque ruelle est spécialisée dans un corps de métier et la rue des couteaux, comme celle des chapeaux sont particulièrement renommées dans la province. Ce bazar, qui couvre une surface de 11 ha, abrite huit mille échoppes et reçoit quelque 400 000 visiteurs par jour, est censé être le plus grand d'Asie. Le plus beau monument de la ville est le mausolée d'Abakh Hodja, dont la coupole de faïence vert sombre reflète les rayons du soleil. Descendant, paraît-il, du prophète Allah, la famille Hodja, venant de Samarkand, s'installa à Kashgar au début du xvie siècle. Elle y instaura un Etat théocratique, dont Abakh Hodja fut, au XVIIème siècle, le grand consolidateur. C'est dans ce mausolée qu'on révère la mémoire de son arrière petite-fille, la concubine impériale Xiangfei, bien qu'elle soit en fait ensevelie à Pékin. On raconte que vers le milieu du XVIIIème siècle la belle Ouïghour fut emmenée à Pékin comme trophée de guerre pour servir de concubine à Qianlong mais que, nostalgique et humiliée dans son orgueil national, elle refusa les avances de l'empereur. Finalement la reine mère lui ordonna de se suicider devant elle, ce qu'elle fit en s'étranglant de ses propres mains.
Le mausolée comprend également la bibliothèque (vide) où enseignait Abakh Hodja ainsi qu'une belle mosquée à colonnes et chapiteaux de bois richement décorés.
Le spectacle de la rue, enfin, n'est pas, et de loin, ce qu'il y a de moins intéressant à observer à Kashgar. Les regards, les visages, les attitudes font davantage penser à des enluminures persanes qu'à la puissante Chine. Pour tenter de vous y retrouver dans le labyrinthe des minorités nationales, observez les couvre-chefs : l'homme ouïghour porte un bonnet carré et légèrement pointu, brodé en vert. Sa femme porte une calotte plus petite, avec des dessins de couleurs. La veuve ouïghour a droit à une calotte dorée posée sur un voile blanc. Les Kirghiz portent un bonnet pyramidal, avec un grand bord, blanc ou vert, surmonté d'une petite flamèche. Les Tadjik portent une coiffe ronde, plate comme une boîte à fromage. Les bergers qui vivent en altitude portent des bonnets en mouton retourné. On croise aussi des femmes couvertes d'un voile brun, à maille lâche. Aux environs de Kashgar, on visitera l'emplacement de l'ancienne Shule. Il ne reste malheureusement pratiquement rien de visible et c'est plutôt l'occasion de voir la campagne et ses habitants. Dans le désert, au nord et à proximité de l'aéroport se trouvent les ruines des grottes bouddhiques des Trois Immortels, Sanxiadong. Là aussi, il ne reste plus grand chose à voir, car la rivière a creusé son lit et les grottes, qui étaient autrefois au niveau du sol, se trouvent à plus de 20 m de hauteur.