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Turfan (en chinois "Tu-lu-fan", en ouigour "Turpan" ) se trouve au sud-est d'Urumqim, la capitale de la région autonome Ouigour du Xinjiang, un oasis du désert de Gobi.
Fondée au Ier siècle av. J.-C., sur les ordres de Wudi, empereur des Han de l'Ouest, Turfan connut sa première implantation à une dizaine de kilomètres à l'ouest de la ville actuelle. Elle se nommait alors Yar, ou Kia-ho, soit Jiaohe en pinyin. Jiaohe était une petite commanderie en plein territoire Xiongnu, destinée à maintenir ces nomades hors des frontières de la Chine. De ce premier emplacement ne subsistent que des ruines, après une activité relativement importante qui dura sept siècles. A partir de 376, Jiaohe se trouva sous la domination du roi Fu Jian, assimilé aux Tibétains, qui prit la tête d'un vaste empire en Chine du Nord. Les Xiongnu reprirent le pouvoir en 439 et la région resta sous le contr?le de nomades turco-mongols jusque vers 640.
En 642, les Chinois tentèrent une deuxième implantation à une quarantaine de kilomètres plus à l'est, à Kotcho, soit Gaochang en pinyin. Les ruines de Gaochang sont en meilleur état que celles de Jiaohe. A partir de 744, Gaochang fit partie d'un royaume turc et subit une forte influence islamique jusqu'au XVIIIème siècle, alors que Jiaohe avait baigné dans la pensée bouddhique depuis le Ier siècle de notre ère.
La Turfan actuelle est le troisième emplacement de la ville.
De ce foisonnant passé historique oublié jusqu'au début du XXème siècle, des monuments et des manuscrits restés plus ou moins intacts grace à la sécheresse du climat ont été découverts par de célèbres explorateurs dont les noms restent associés à la région. Le premier, un Russe, Albert Regel, a daté la ville de Gaochang en 1879. Puis un Hongrois, naturalisé anglais, sirAurel Stein, fouilla les tombes d'Astana et le monastère de Bezeklik en 1915 et emporta de nombreuses fresques arrachées aux grottes des Mille Bouddhas. En 1904, l'Allemand Albert von Le Coq découvrit des peintures ab?mées par les paysans locaux qui prétextaient la peur des fant?mes, et des batiments détruits pour cultiver la terre. De ses fouilles à Gaochang, il rapporta des centaines de caisses contenant des fragments de sculptures et des manuscrits. Dans le même temps, Paul Pelliot fouillait, entre autres, les grands sites de Dunhuang, de Kashgar, de Kuqa et d'Urumqi. Trois expéditions japonaises se succédèrent, entre 1902 et 1912, dans la région de Turfan. Les Américains n'arrivèrent qu'en 1923. On trouve le résultat de ces pillages successifs dans les grands musées de Berlin, Londres, New-Delhi, Paris (musée Guimet), Saint-Pétersbourg, Tokyo, Séoul, Kansas, etc., mais pas grand-chose à Turfan même, dont le musée mérite pourtant qu'on s'y arrête pour les découvertes effectuées ces dernières années dans les tombes de la région. Les objets qui y sont présentés ne sont qu'un pale reflet des cultures qui ont influencé la région. En effet, des manuscrits permettent d'affirmer que des nestoriens étaient venus s'établir ici après avoir été bannis d'Occident à partir de 432. Fuyant les persécutions de la fin du Vème siècle, des manichéens arrivèrent et leurs idées furent diffusées du vie au x° siècle. Plusieurs bibliothèques manichéennes découvertes autour de Turfan témoignent d'une intense activité intellectuelle. De nombreux Turcs ouighour s'étaient convertis. Par la suite, l'islam prit le relais du manichéisme. Toutefois, un grand nombre de pièces de monnaies d'argent de la Perse sassanide sont exposées, ainsi que des statuettes funéraires typiquement chinoises et quelques reliques bouddhiques.
Turfan, nom prestigieux qui évoque l'ancienne route de la soie, les chameaux épuisés par la chaleur du désert et le faste de l'oasis miraculeuse, verdoyante et ombragée. Il ne reste pas grand-chose de cette haute Antiquité de l'Asie centrale. Dans Turfan même, on chercherait en vain la trace d'une véritable architecture urbaine. Il reste encore une mosquée coiffée d'un d?me en tuiles de fa?ence verte. On admirera plut?t les petites maisons d'habitation construites toutes dans le même matériau : la brique de pisé (terre et paille finement hachées, mêlées à de l'eau), matériau qui défie le temps et le climat continental de la région. En été, la température approche de 50 °C et en hiver, elle tombe à -28 °C.
Cependant, une promenade dans les ruelles de la ville permet de découvrir le mode de vie très particulier des habitants de Turfan, et d'observer les rigoles au bord desquelles jouent les enfants et travaillent les femmes, les treilles sous lesquelles les vieux fument la pipe, les bazars... Seule la mosquée Imin, appelée aussi Sugongta, peut être visitée à pied à partir du Turfan binguan. Ce haut lieu de l'islam a été édifié en 1778 dans un style très dépouillé, avec un seul minaret de 44 m de haut, d'où l'on a une vue splendide sur l'oasis et le désert. Sans les karez, Turfan n'existerait pas. Ce système d'irrigation très particulier, qui existe depuis plus de deux mille ans en Chine, a été con?u en Perse. Il s'agit de puits et de canaux souterrains qui vont chercher l'eau au pied des montagnes qui bordent le désert. Chaque karez parcourt une distance de 3 km à 10 km, soit près de 3 000 km de canalisations souterraines pour la seule région de Turfan !
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